La fête n’a pas encore commencé et elle ressemble déjà à une crise permanente. Entre polémiques diplomatiques, délégations humiliées et billets annulés, la Coupe du monde 2026 démarre sous haute tension. Un rapport du cabinet de renseignement Recorded Future vient d’en rajouter une couche, et elle est lourde : terrorisme, espionnage d’État, cyberattaques massives. Les États-Unis savent qu’ils organisent peut-être l’événement le plus sensible de la décennie.
On attendait des hymnes, des drapeaux et la liesse planétaire. On a eu des expulsions à l’aéroport de Miami, des délégations retenues des heures à Chicago, des accréditations refusées à des photographes officiels.
Avant même le premier coup de sifflet, la Coupe du monde 2026 s’est transformée en concentré de tensions diplomatiques. Et ce mercredi, la publication d’un rapport de renseignement du cabinet américain Recorded Future est venue élargir encore le champ des inquiétudes bien au-delà du football.
La liste des incidents est déjà longue. L’arbitre somalien Omar Artan, meilleur arbitre d’Afrique 2025, expulsé du territoire américain et renvoyé à Istanbul. Le buteur irakien Aymen Hussein retenu plusieurs heures à son arrivée. Un photographe de la sélection irakienne purement refoulé.
Des membres des délégations du Sénégal, de l’Ouzbékistan et du Maroc dénonçant des contrôles jugés humiliants. Des responsables de la fédération iranienne privés de visa malgré la qualification sportive du pays. Et pour couronner le tout, une soixantaine de supporters qui ont vu leurs billets annulés quelques jours avant le tournoi.
Le rapport qui fait froid dans le dos
Dans ce climat déjà électrique, Recorded Future a publié un document de plusieurs dizaines de pages qui dresse un tableau sécuritaire alarmant. La Coupe du monde 2026 est décrite comme une « cible idéale » pour des groupes terroristes, des organisations criminelles, des acteurs étatiques hostiles et des cybercriminels attirés par l’exposition médiatique sans précédent de l’événement.
Les zones jugées les plus vulnérables sont précisément celles que les supporters fréquentent le plus : fan-zones, gares, aéroports, hôtels, abords des stades. Le rapport souligne que les grandes manifestations sportives ont régulièrement servi d’objectifs symboliques aux organisations extrémistes et que les célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance américaine, organisées en parallèle du tournoi, pourraient encore renforcer l’attractivité de la cible.
Au Mexique, troisième pays organisateur, la menace des cartels de la drogue reste une préoccupation réelle autour des villes de Guadalajara, Monterrey et Mexico. Des mouvements anti-FIFA, des collectifs dénonçant la gentrification et des associations de familles de disparus ont déjà annoncé des actions susceptibles de perturber le bon déroulement des rencontres, notamment aux abords du légendaire stade Azteca.

Plus de 1 000 faux domaines, des fédérations déjà piratées
C’est dans le domaine cyber que le rapport se montre le plus préoccupant. Plus d’un millier de faux domaines liés à la compétition auraient déjà été identifiés.
Des centaines de sites usurpent l’identité de la FIFA ou des villes hôtes pour piéger supporters, sponsors et visiteurs. L’intelligence artificielle est massivement utilisée pour produire de faux messages, de fausses plateformes de vente de billets et des campagnes de phishing d’une sophistication inédite.
Des groupes criminels exploiteraient déjà l’engouement du tournoi pour revendre des billets frauduleux ou dérober des données bancaires.
Pire : plusieurs fédérations et organisations du football ont récemment été victimes d’intrusions informatiques. La Confédération asiatique, Al-Nassr, l’Ajax, l’OM et la Fédération royale marocaine figurent parmi les structures citées, certaines ayant subi la fuite de dizaines de milliers de données personnelles. Les experts redoutent désormais que des opérations similaires ciblent directement les délégations présentes sur le territoire nord-américain durant la compétition.
Chine, Russie, Iran : les puissances étrangères à l’affût
Le rapport dessine également une carte des menaces géopolitiques. La Chine est décrite comme cherchant principalement à mener des opérations d’espionnage ciblées contre des responsables politiques, des dirigeants d’entreprise et des opérateurs de télécommunications présents sur place.
La Russie, elle, privilégierait des campagnes d’influence et de désinformation destinées à fragiliser l’image du tournoi sans escalade directe. Quant à l’Iran, il est présenté comme l’acteur le plus imprévisible : les refus de visa, les tensions autour de la participation de sa sélection et les différends diplomatiques persistants avec Washington créent un terreau particulièrement sensible pour des opérations de déstabilisation ou des cyberattaques menées par des groupes hacktivistes.
Le Canada, souvent éclipsé par la focale américaine, fait lui aussi l’objet d’une attention particulière. Toronto et Vancouver ont renforcé leurs dispositifs de surveillance, mais les experts redoutent une intensification des opérations visant les infrastructures de télécommunications et les réseaux numériques accueillant une concentration exceptionnelle de diplomates, d’hommes d’affaires et de journalistes internationaux.
Derrière la fête
Dans quelques heures, le Mexique et l’Afrique du Sud ouvriront le bal. Les stades seront pleins, les hymnes retentiront, et la planète football reprendra ses droits. Mais derrière ce vernis festif, les autorités des trois pays hôtes savent qu’elles font face à une équation sécuritaire d’une complexité rare.
La plus grande compétition sportive de la planète est aussi, cette année, l’une des plus surveillées et l’une des plus exposées. Le football peut démarrer. Les problèmes, eux, ne s’arrêteront pas au coup d’envoi.